Interview : The Toxic Avenger

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Interview The Toxic Avenger

Entre du vin, du poulpe et des pizzas, The Toxic Avenger ou Simon Delacroix pour les intimes, m’a accordé une interview des plus intéressantes. A l’occasion de ces 10 ans de tournée, Toxic est revenu sur sa carrière électronique.

Salut Simon, comment vas-tu ? Content d’être à Lille ?

Ça va, ça va. Ouai j’adore Lille. Quand j’étais môme, je venais à la braderie. C’était la caverne d’Ali Baba, je choppais des trucs de fou.

Déjà 10 ans de carrière, tu te rappelles encore de tes débuts ?

Je bossais avec un Pentium 3, c’était l’angoisse. Tu mettais dix ans pour faire les trucs, ça plantait tout le temps mais c’était cool. Je faisais de la musique saturée car je n’avais pas les moyens de faire de la musique chic. Je voulais faire du funk mais mes synthés étaient pourris donc quand j’essayais de faire des basses, je les saturais pour ne pas qu’on entende ce son dégueulasse. (Il se marre).

C’était une période où j’étais graphiste, je bossais pour Fun Radio. Et quand je n’avais pas assez de thune, je vendais des skateboards car j’étais skateur. C’est à ce moment-là dans ma vie que je me suis rendu compte que j’allais faire de la musique dans ma vie.

C’est venu naturellement ?

Carrément. Je n’ai jamais cherché à gagner ma vie. Mais j’ai même le sentiment que quand tu veux gagner ta vie avec la musique, tu n’y arriveras pas. En plus dans le genre de musique que je fais, si tu calcules, c’est mort. Et à la fois, cela peut te tuer. Il y a plein de fois où ça a failli me tuer parce que je suis exactement ce que j’ai envie de suivre. Quand bien même ce n’est pas ce que les gens ont envie d’entendre. Parfois les gens m’ont suivi et d’autres fois, pas du tout. Mais moi, j’avais envie de faire ça. Je l’ai fait pour moi, sans me dire c’est bien ou pas. J’avais de l’insouciance et cette insouciance, il faut la garder.

Par exemple, j’ai été surpris du succès de Furi (le jeu du studio Game Bakers). Quand j’ai rendu les morceaux, je n’étais pas content. Je me disais « ah mais c’est un peu un retour en arrière, ça ressemble à ce que je faisais il y a longtemps. » Mais le retour du public a été fou. Le studio voulait quelque chose dans la veine de Angst malgré que ce n’était pas ce que j’avais envie de faire à ce moment-là. Je n’avais pas trop de taf donc j’ai pris le projet. Pour moi, je n’aurais pas fait les morceaux de la même manière et je me disais que cela ne pouvait pas marcher alors que c’est devenu les morceaux les plus écoutées de la bande-son du jeu. Je me demandais comment c’était possible.

Mais cette période dont on parle, qui ressemble à ce que tu faisais au début. Tu l’assumes, tu l’aimes cette période ?

Ouai, je l’aime pour ce qu’elle était à l’époque. Aujourd’hui, je ferais les choses différemment. J’écoute encore des morceaux de l’album Angst que je trouve cool. J’ai d’autres envies même si des fois, j’ai envie de revenir à ça. A faire, c’est très jouissif. Malgré qu’à l’époque d’Angst, les gens me disaient « ce n’est pas ce qu’on a envie d’entendre, c’est trop mélodique, pas assez bourrin et toi tu nous sors un truc avec des violons. » Pareil pour Romance and Cigarettes (son 2nd album) à cette période, personne ne voulait entendre ce genre d’album. Alors qu’aujourd’hui, on m’en reparle avec le retour des années 80.

Les seuls moments où il y a une rencontre avec le public, c’est sur Xi où les personnes retrouvaient cette ambiance dark qu’ils attendaient pour un 2ème album plutôt que Romance and Cigarettes. Pareil avec les EP Globe où j’ai l’impression d’avoir trouvé un nouveau public via Furi. La BO du jeu m’a beaucoup aidé et a permis à ce public de me découvrir. Cela a donné une sorte de second souffle à Toxic.

Tu es passé on va dire d’un genre musical assez énervé avec les remix à quelque chose de plus posé. Comment s’est fait cette évolution de ton côté ?

En fait, je suis passé du rock à la musique électronique. J’avais un groupe de rock mais mon batteur arrivait toujours en retard. Ils voulaient rester dans un truc de conformité alors que moi j’avais plein d’idées. J’ai essayé de faire des choses sur mon ordi, je voulais faire du disco mais je n’avais pas le matos adéquate. Puis j’ai voulu faire du rock avec mes ordinateurs en mettant de la saturation. Pour moi, c’était du rock. Et on m’a dit « c’est de la musique électronique ». Moi je ne connaissais pas puis je m’y suis mis et j’ai trouvé ça cool.

Avec Angst, j’avais un peu assimilé la musique électronique et en même temps, j’ai découvert qu’avec l’ordinateur, je pouvais gérer de belles sections de cordes et que ça sonnait bien. Entre temps, j’avais des potes qui formaient le groupe Something à la Mode qui m’ont dit « Nous, on te fait des cordes, on a des violons, des violoncelles… ». J’avais un album prêt dans le genre cinématographique puis j’ai suivi mon instinct et j’ai eu envie de partir sur quelque chose de plus eighties.

Pour mon deuxième album, Romance and Cigarettes, j’ai bossé avec Olivier Dax du groupe Dax Riders. Il avait un très beau studio avec tous les synthés des années 80 dont je rêvais. Il avait tout ce qu’il fallait pour faire un album dans cette ambiance. Par exemple, pour le morceau Let Me Go où mes potes 2080 et de Lexicon chantent, je voulais faire quelque chose dans la veine de ce que faisait Serge Gainsbourg sur la fin de sa carrière. Et mon pote de Dax Riders me fait « bah moi, j’ai la guitare et les synthés qu’utilisait Gainsbourg donc on va faire exactement comme lui à l’époque. » C’était donc évident pour moi que j’allais faire un album teinté 80’s.

Et pour Xi, je voulais faire un disque de pop lumineuse et pour moi, c’est Los Angeles qui représente cela. On a loué une belle maison sur Hollywood pendant deux mois. J’ai fait ça, le disque existe mais quand je suis rentré, j’ai fait « non, ça ne ressemble pas à Toxic ». Et le disque n’est jamais sorti. Après j’ai perdu deux membres de ma famille, ce qui m’a beaucoup touché et affecté. Xi, je l’ai fait chez moi, sans guest, très noir et très vite. Je l’aime beaucoup ce disque malgré qu’il soit né dans la douleur.

Après cet album, je me suis dit que j’allais arrêter la musique. J’avais envie d’ouvrir un magasin de jouets vintage vu que je les collectionne. Puis vint le succès de Furi qui me redonne envie de faire de la musique. Je suis aussi Mister MV sur Twitch, j’adore ce qui fait et ça me donne envie de faire du stream. J’ai réussi à convaincre mon label que j’allais faire trois EP en les composant sur Twitch. Les trois volumes de Globe sont nés. J’ai pris goût et j’ai envie de refaire ça.

Avec tous tes projets, tu arrives à définir ta musique ?

Non, aucune idée. Mais elle est toujours mélancolique et nostalgique. En fait, j’ai un truc avec la nostalgie, c’est terrible. Je vis dans les années 80, vraiment tout chez moi en rapport avec cette époque. Je recherche les images d’avant, les choses que j’ai connus. Ça me réconforte beaucoup et ça me fait avancer. C’est plein de souvenirs d’enfance qui refont surface. Typiquement sur Globe Vol.3, le morceau Yellow Ferrari m’évoque instantanément des trucs de mon enfance.

Tu as produit 3 tracks pour le jeu Furi. Comment est-ce que tu t’es retrouvé sur le projet ? Tu as écouté les autres morceaux du jeu ?

Le studio Game Bakers, des anciens d’Ubisoft Montpellier, qui m’ont contacté et j’ai accepté directement. Ils sont venus avec des idées précises, ils m’ont envoyé des images de gameplay. Les développeurs étaient cools. J’aime beaucoup les morceaux de Waveshaper et Knight. Ce sont des potes donc mon avis est un peu biaisé.

Tu es un gros joueur de The Binding of Isaac. Qu’est ce qui te plait autant sur ce jeu pour y revenir aussi souvent ?

Chaque partie est inattendue, complètement différente et aléatoire. Si je pouvais, je ne ferais pas de musique en stream, je ferais que du Isaac. Mais c’est un jeu fascinant car un jeu de skill, de stratégie et aussi un jeu de mémoire. Je me suis rendu compte qu’il y a genre 600 objets dans le jeu et que je les connais par cœur. Et tous les jours, je fais les défis quotidiens. Je me rappelle que c’est grâce à Usul et 88 miles à l’heure (Nesblog) que j’ai découvert The Binding of Isaac.

T’aimerais rebosser pour un jeu vidéo dans le futur ?

Ouai carrément. Ça va se faire, je ne sais pas quand mais ça va se faire. Après j’ai quand même passé un an sur un film (Mutafukaz) donc ça a été long. J’ai plus envie de bosser sur du long-métrage avec de vrais acteurs.

Tu avais envie de travailler sur quel genre de film ?

Non, j’aimerais juste éviter le film d’horreur parce que c’est trop facile. Après si on m’en propose un, je ne dirais peut-être pas non. Je suis plus attiré par quelque chose de plus dramatique.

Et comment tu t’es retrouvé sur le film Mutafukaz ?

En fait, c’est le gars qui fait les pochettes de Xi et des EP Globe, Tsuchinoko, qui nous a connecté avec Run, le créateur de la BD Mutafukaz. On s’est très bien entendu et j’ai accepté directement. En plus, j’ai retrouvé Orelsan et Gringe, qui font les voix d’Angelino et Vinz, sur le projet. Le film est hyper classe et l’animation est très propre. Je pense qu’on va rebosser ensemble avec Run.

C’est quoi la différence entre bosser sur la musique d’un film et celle d’un jeu vidéo ? Tu avais carte blanche sur l’un ou l’autre ?

Non, on m’a donné des directions. Par exemple sur Furi, j’ai fait des boucles de morceaux qui s’assemblent au gameplay du jeu. Dans le jeu, plus on se rapproche du boss, plus la musique évolue. Après, j’ai mis en forme ces boucles pour en proposer de vrais morceaux qui font partis de la bande-son de Furi.

Tu es très présent sur Twitter. Tu as partagé ton envie de revenir à quelque chose de plus « gras » dans le genre de Boys Noize avec une vidéo. Ça donne un indice pour la suite ?

Ce que je trouvais cool avec le premier album de Boys Noize, c’était ce côté « gras » mais en fait c’était super simple. Il y avait un beat, une basse et parfois un clavier. A l’époque, on nommait cette musique maximale en écho à la minimale. Au final, c’était hyper minimal au sens propre du terme et c’était véner. Et je me disais « ce genre, adapté aux sons d’aujourd’hui, ça défonce ». Sûr, je vais tenter un truc dans le genre après j’ai plein d’autres envies. Je rêverais d’être une reine du disco par exemple (Il rigole). Avant la fin de l’année, j’aimerais faire un morceau de Hip-Hop bien vénère avec Fianso ou Alkpote.

Tu as monté aussi le label Enchanté Records avec Greg Kozo et Christophe Tastet. Comment ça se passe cette aventure ?

On a signé Sergei qui fait du disco, Echo qui fait de la pop très sucrée. Maxence Cyrin qui fait des reprises magistrales au piano. Greg Kozo va faire d’autres choses sur le label. Je surveille une fille qui fait de l’électro assez dark et qui chante en français. Je ne vais pas trop dire son nom pour le moment. Je rêverais aussi de sortir un disque avec Sophie Tith, qui se trouve sur Globe Vol 1 & 3. Je pense que c’est une des plus belles voix que je connaisse, elle a réussi à me toucher avec sa voix. Elle ne se rend pas compte qu’elle a une voix de folie. Il faut qu’on trouve le temps de se poser et de faire ce disque.

Et concernant Deuklo, tu es en train de lui produire un album ?

Oui avec Orelsan. Deuklo, c’est un ami d’enfance d’Aurélien, qui conduisait mon bus de tournée. Je le trouvais tellement fou, je me disais « il faut qu’il chante ». Lui me disait qu’il ne savait pas chanter mais ce n’était pas grave. C’est un personnage très compliqué mais il est génial. Son album va prendre le temps mais je veux lui faire un beau disque, c’est un mec que j’aime beaucoup, il le mérite.

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